Plus de 400 scientifiques disent « stop » aux mensonges de Claude Allègre

La sortie du dernier livre de Claude Allègre  » L’imposture climatique ou la fausse écologie  » a été de trop : plus de 400 scientifiques ont lancé un appel à la ministre de l’enseignement supérieur Valérie Pécresse, aux dirigeants de l’Académie des Sciences et aux dirigeants des organismes de recherche pour qu’ils « réagissent » publiquement aux « accusations » lancées par l’ancien ministre Claude Allègre.

Claude Allègre, un  » climato-sceptique  » fustige régulièrement les tenants d’un réchauffement climatique en cours. Il considère notamment que depuis dix ans, la température de la Terre diminue. Or, tous les travaux scientifiques validés montrent que celle-ci augmente significativement depuis près de 40 ans.

Fort de sa popularité et de sa médiatisation exagérée, le géochimiste, médaille d’Or du CNRS n’hésite pas à falsifier des données provenant d’auteurs reconnus et à injurier ses détracteurs ! Pour des centaines de scientifiques impliqués dans l’étude du climat, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : ils ont finalement choisi de lancer un appel solennel pour que cesse  » ces accusations ou affirmations péremptoires  » et s’ouvre un  » un vrai débat scientifique serein et approfondi « , loin des polémiques habilement orientées pour faire du business sur le dos de la planète…

L’appel des signataires

 » Mme la Ministre de la Recherche M. le Directeur de la Recherche M. le Président de l’Académie des Sciences Mmes et MM. les Directeurs des acteurs de la recherche publique regroupés au sein de l’Alliance thématique AllEnvi (BRGM, CEA, CEMAGREF, CIRAD, CNRS, CPU, IFREMER, INRA, IRD, LCPC, Météo France, MNHN) M. le Président de l’Agence d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur M. le Président du Comité d’Éthique du CNRS.

Éthique scientifique et sciences du climat : lettre ouverte

Nous, scientifiques du climat, attachés au devoir de rigueur scientifique, interpellons les structures référentes de la recherche scientifique française, face aux accusations mensongères lancées à l’encontre de notre communauté.

Un pacte moral relie les scientifiques et la société. Rémunérés principalement par les crédits publics, les scientifiques doivent déployer une rigueur maximale, pour la conception, la réalisation, la publication de leurs travaux. Leurs pairs sont les arbitres de cette rigueur, à travers les processus critiques de relecture, de vérification, de publication des résultats. Les hautes instances scientifiques sont les garants de cette rigueur. C’est sur cette éthique scientifique que repose la confiance que la société peut accorder à ses chercheurs.

Reconnaître ses erreurs fait également partie de l’éthique scientifique. Lorsqu’on identifie, après la publication d’un texte, des erreurs qui ont échappé aux processus de relecture, il est d’usage de les reconnaître, et de les corriger, en publiant un correctif. Ainsi, des glaciologues ont mis en évidence une erreur dans le tome 2 du 4ème rapport du Groupe d’expert intergouvernemental sur Page 1/17 l’évolution du climat («Impacts, Adaptation et Vulnérabilité, chapitre 10 : Asie») concernant le devenir des glaciers de l’Himalaya. En l’absence de procédure formelle d’«erratum», le GIEC a publié son «mea culpa» (http://www.ipcc.ch/pdf/presentations/himalaya-statement-20january2010.pdf), reconnaissant l’erreur, et soulignant que les processus de relecture du rapport n’avaient pas fonctionné pour ce paragraphe. En cela, le GIEC a respecté la déontologie scientifique.

Depuis plusieurs mois, des scientifiques reconnus dans leurs domaines respectifs dénigrent les sciences du climat et l’organisation de l’expertise internationale, criant à l’imposture scientifique – comme le fait Claude Allègre dans L’Imposture climatique ou la fausse écologie (Plon, 2010), pointant les prétendues «erreurs du GIEC», comme le fait Vincent Courtillot dans Nouveau voyage au centre de la Terre (Odile Jacob, 2009) et dans des séminaires académiques. Ces accusations ou affirmations péremptoires ne passent pas par le filtre standard des publications scientifiques. Ces documents, publiés sous couvert d’expertise scientifique, ne sont pas relus par les pairs, et échappent de ce fait aux vertus du débat contradictoire.

Ces ouvrages n’auraient pu être publiés si on leur avait simplement demandé la même exigence de rigueur qu’à un manuscrit scientifique professionnel. De nombreuses erreurs de forme, de citations, de données, de graphiques ont été identifiées. Plus grave, à ces erreurs de forme s’ajoutent des erreurs de fond majeures sur la description du fonctionnement du système climatique. Leurs auteurs oublient les principes de base de l’éthique scientifique, rompant le pacte moral qui lie chaque scientifique avec la société. Ces attaques mettent en cause la qualité et la solidité de nos travaux de recherche, de nos observations, études de processus, outils de modélisation, qui contribuent à une expertise nécessairement internationale.

Vous constituez les structures référentes de la recherche scientifique française. Les accusations publiques sur l’intégrité des scientifiques du climat sortent des cadres déontologiques et scientifiques au sein desquels nous souhaitons demeurer. Nous pensons que ces accusations demandent une réaction de votre part, et l’expression publique de votre confiance vis-à-vis de notre intégrité et du sérieux de nos travaux. Au vu des défis scientifiques posés par le changement climatique, nous sommes demandeurs d’un vrai débat scientifique serein et approfondi.  »

La courbe falsifiée

Claude Allègre, a repris dans son ouvrage  » L’imposture climatique  » (Plon) la courbe de Håkan Grudd, paléo-climatologue à l’Université de Stockholm en la redessinant pour appuyer ses dires. En page 48 du livre de Claude Allègre, la légende de cette courbe indique :  » voici la courbe de température en fonction du temps, établie pour les périodes historiques par Grudd en 2008,et, en regard, la courbe d’augmentation du CO2 « .

Cette courbe pourrait susciter le questionnement, si elle n’était tout simplement pas falsifiée !

Informé par Libération, le paléo-climatologue Grudd accuse Allègre de mystification : non seulement la courbe est très imprécise mais plus grave, Claude Allègre a dessiné une courbe très différente de celle de Grudd pour les années supérieures à 1900. Ainsi, Grudd a mis en évidence (cercle violet) la différence entre sa courbe (en rouge) et celle reprise par Claude Allègre. Interrogé à ce sujet sur France Inter, mercredi 31 mars matin, Claude Allègre a affirmé qu’il s’agissait d’une simplification d’usage effectuée par son éditeur…

Enfin, la courbe de teneur en CO2 de l’air, qui n’existe pas sur le graphique de Grudd, ne correspond pas aux valeurs connues.  » Si l’on croit l’échelle de temps, Claude Allègre prétend que cette teneur se situe près de 300 parties par million en l’an 2000, alors qu’elle était de 370 ppm selon les observations. Quant à la fin du graphique, elle défie toute logique. Si l’échelle de temps est conservée, alors on se trouverait en l’an 2100, avec une teneur en CO2 de 380 ppm… la valeur relevée en 2007… » souligne Sylvestre Huet dans Libération.

Une « pétition nulle et stupide »

Interrogé par Libération, Claude Allègre a qualifié cet appel de « pétition nulle et stupide », ironisant sur une réaction de personnes « qui ont gaspillé beaucoup d’argent public et ont peur de perdre des moyens, peur de perdre leur job ». Une réaction discourtoise et médiocre qui en dit long sur les arguments et les motivations du personnage…

Egalement sollicitée par le quotidien Libération, Valérie Pécresse a annoncé qu’elle avait « saisi le président de l’Académie des sciences pour qu’il organise en son sein un débat sur le sujet ». Mais la ministre de l’Enseignement supérieur a refusé de donner son avis, soulignant qu’elle ne pouvait « trancher un tel débat sans l’avis des pairs ».

Finalement, pour Claude Allègre, tout est bon pour faire vendre son livre (classé dans les meilleures ventes chez nombre de libraires) et agiter le spectre du doute sur le réchauffement climatique en cours. Si le débat scientifique est indispensable, celui-ci doit se faire dans un cadre scientifique et non pas en attisant la soif de controverse des médias et de ceux qui ne veulent rien changer à leurs comportements quotidiens.

Source : http://www.notre-planete.info

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