Les biocarburant , une fausse bonne idée !

Les biocarburants ont un bilan environnemental positif, c’est ce qu’indique un rapport de l’Ademe (Agence pour le développement et la maîtrise de l’énergie) publié récemment. En effet, ils émettent beaucoup moins de gaz à effet de serre que les carburants fossiles, comme l’essence ou le diesel.

Cependant, ce bilan n’est pas tout « vert », et peut même s’avérer négatif, si l’on considère les forêts et prairies détruites pour cultiver ces biocarburants.

Biocarburants
« Des travaux spécifiques doivent être conduits pour approfondir cette zone d’ombre (…). Il est nécessaire de lever cette incertitude », indique le rapport.

Un bilan positif à première vue

Le rapport révèle que les biocarburants dits de « première génération », c’est-à-dire produits et importés en France, permettent une réduction de 24 à 91% des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux carburants fossiles.

Les bioéthanols, fabriqués à partir de biomasse, permettent de réaliser des gains en émissions de GES d’environ 50 à 70% : réduction de 72% pour l’éthanol de canne à sucre, et de 60 à 90% pour les biodiesels (fabriqués à partir d’huile végétale ou animale).

Les éthanols de blé et de maïs sont quant à eux moins avantageux, puisqu’ils ne permettent qu’une réduction de 24 à 31% des GES.

Les biocarburants sont donc moins polluants que les énergies fossiles une fois dans le réservoir de la voiture. Mais qu’en est-il pour leur production ?

La production des biocarburants, coûteuse pour l’environnement

Les analyses effectuées sur l’impact des biocarburants sur les émissions de CO2 ne prennent pas en compte le « changement d’affectation des sols ». En effet, si pour produire du biocarburant, il faut détruire une forêt, capable de stocker du CO2, pour la remplacer par un champ de cultures, les émissions de GES sont donc élevées, et le bilan environnemental des biocarburants est inversé.

Le rapport propose plusieurs scénarios qui prennent en compte l’impact du changement d’affectation des sols sur le bilan total des biocarburants.

Prenons l’exemple du biodiesel de soja, qui, si l’on ne prend pas en compte le changement d’affection des sols, permet une réduction des émissions de GES de 77%. Le bilan de ce biocarburant change totalement si l’on imagine que pour le produire, un hectare de forêt a été transformé en un hectare de culture de biocarburants : il émet alors 4 à 5 fois plus de gaz à effet de serre que le diesel classique.

Pour étudier ce problème, un comité d’orientation va prochainement être mis en place par l’Ademe. « On veut vraiment éclaircir cette question qui est tout à fait fondamentale, on peut complètement inverser le résultat des bilans de ces biocarburants en fonction des différents scénarios. Aujourd’hui, personne n’est à même de dire quel est le bon scenario », explique Jean-Louis Bal, directeur des Energies renouvelables à l’Ademe.

« Plus de la moitié des agrocarburants consommés en Europe sont importés et cette proportion va nécessairement augmenter. Cela induit déjà et cela va induire de plus en plus de destruction des forêts tropicales », alarme l’association France Nature Environnement.

Les plus grands producteurs d’éthanol sont le Brésil avec la canne à sucre et les Etats-Unis avec le maïs. L’Europe produit plutôt des biodiesels. La France produit 75% de biodiesel (colza, tournesol…) et 25% d’ethanol (betterave, maïs, blé).

Amaury Luthun

Source : AFP